Pour Melisa Veberič, récemment diplômée en soins infirmiers, le passage du statut d’étudiante en soins infirmiers à celui d’infirmière diplômée a été une expérience éprouvante. Pouvoir se tourner vers une infirmière expérimentée a fait toute la différence.
« Lorsqu’on débute comme infirmière, il arrive souvent qu’on ne sache pas vraiment si l’on fait ce qu’il faut, ni comment aborder une situation clinique. C’était très important pour moi de pouvoir compter sur une personne expérimentée avec qui échanger, à qui poser mes questions et auprès de qui apprendre », explique Melisa.
L’OMS/Europe a lancé une nouvelle boîte à outils de mentorat destinée au personnel infirmier, élaborée dans le cadre du projet « Nursing Action », une collaboration pluriannuelle avec la Commission européenne.
Cette nouvelle boîte à outils de mentorat de l’OMS/Europe vise à aider les infirmiers en début de carrière à prendre confiance en eux, à développer leurs compétences et à se sentir soutenus lors du passage de la formation à l’exercice professionnel.
En facilitant cette transition, la boîte à outils vise également à favoriser le maintien en poste et la pérennité du personnel infirmier dans l’ensemble de la Région européenne de l’OMS. Elle comprend 1 cadre de mentorat et 2 cours parallèles, l’un destiné aux infirmiers mentors et l’autre aux infirmiers en début de carrière.
L’importance d’avoir un mentor
Melisa et sa mentor, Nataša Kreft, vivent et travaillent toutes deux à Ljubljana (Slovénie). Elles font partie des 153 infirmières et infirmiers qui ont participé à la phase pilote du nouveau programme, lequel a réuni des mentors et des infirmiers en début de carrière de 9 pays de la Région.
Chacun des 2 cours comprend 6 modules conçus pour accompagner la transition de la formation vers l’exercice professionnel.
Pour les infirmiers en début de carrière, le programme aborde notamment la prise de poste, la sécurité psychologique, la pratique réflexive, le raisonnement clinique, le développement professionnel et la possibilité d’exercer durablement la profession.
Ensemble, les 2 cours associent préceptorat et mentorat : ils permettent de développer les compétences et le raisonnement cliniques, tout en offrant un accompagnement continu et des possibilités de réflexion. Une infirmière en début de carrière comme Melisa bénéficie ainsi de ces 2 formes de soutien dans le cadre d’une même relation de confiance.
Le mentorat fait aussi évoluer les mentors
Pour Nataša, infirmière depuis plus de 20 ans ayant déjà exercé le rôle de mentor auprès de nouveaux infirmiers, ce cours a été l’occasion de repenser ce que signifie pour elle le mentorat.
« En tant que mentor, mes objectifs sont désormais plus clairs : je cherche à créer un environnement d’apprentissage bienveillant et sûr dans lequel un nouvel infirmier peut exprimer ses préoccupations, poser des questions, réfléchir à son propre travail et apprendre de l’expérience », explique-t-elle.
Le cours destiné aux mentors encourage les infirmiers expérimentés à ne pas se limiter à apporter des solutions. Il propose des outils pour le dialogue réflexif, des retours constructifs, le raisonnement clinique et l’accompagnement vers une autonomie croissante, afin d’aider les mentors à guider les infirmiers en début de carrière vers une pratique autonome, en toute sécurité et avec assurance.
Cette approche a changé la manière dont Nataša conçoit son propre leadership.
« Grâce au mentorat, j’ai compris que le leadership ne consiste pas seulement à organiser le travail, à prendre des décisions et à assumer des responsabilités. Il s’agit avant tout de la capacité à reconnaître le potentiel des autres », explique-t-elle.
Pour Nataša, le mentorat est également un processus réciproque.
« Lorsque vous aidez les autres à progresser, vous progressez vous aussi. »
Apprendre à demander de l’aide
Melisa a obtenu son diplôme en novembre 2025 et travaille dans un service de chirurgie depuis environ 8 mois. Pour elle, l’une des principales leçons du mentorat a été de comprendre que devenir infirmière ne signifie pas devoir tout savoir immédiatement.
« L’apprentissage ne s’arrête pas lorsque l’on termine sa formation », explique-t-elle. « Un mentor peut vous apporter un autre point de vue, partager son expérience et vous encourager à progresser dans les domaines où vous manquez peut-être encore d’assurance. Cela m’a montré que le développement professionnel est un processus continu. »
Cette expérience a également changé sa manière de communiquer avec les patients et ses collègues, ainsi que sa façon de gérer les situations difficiles au travail. Surtout, elle considère désormais que poser des questions fait partie de l’apprentissage et n’est pas un signe de faiblesse.
Créer des environnements favorables au personnel infirmier
Les expériences de Melisa et de Nataša illustrent un principe essentiel de l’approche de l’OMS/Europe en matière de mentorat : soutenir les 2 parties de la relation de mentorat.
Les 2 cours donnent aux mentors et aux mentorés une compréhension commune, ainsi qu’un langage et des outils communs, et les encouragent à y participer ensemble afin de renforcer la réflexion, le dialogue et leur relation de mentorat.
C’est important, car le passage du statut d’étudiant à l’exercice professionnel est souvent une période intense. Disposer d’outils pour gérer cette transition peut contribuer à préserver la santé mentale et le bien-être des infirmiers en début de carrière et les aider à mieux maîtriser des situations qui pourraient autrement les dépasser.
« Un mentor apporte du soutien, des encouragements et un autre point de vue », explique Melisa. « Je pense que cela peut aider d’autres nouveaux infirmiers à gagner en assurance et à ne pas se sentir seuls en début de carrière. »
Nataša adresse quant à elle un message tout aussi important aux infirmiers expérimentés qui envisagent de devenir mentors :
« Soyez humains, professionnels et courageux. »
Favoriser la rétention grâce au projet « Nursing Action »
Le projet « Nursing Action », lancé en septembre 2024 et financé par la Direction générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne dans le cadre du programme EU4Health, vise à trouver des solutions fondées sur des données probantes afin d’augmenter l’offre de personnels infirmiers et d’améliorer leur taux de rétention dans l’Union européenne.
En collaboration avec les autorités sanitaires nationales et les associations d’infirmiers de l’ensemble de la Région européenne, l’OMS vise à favoriser la rétention du personnel infirmier existant et à accroître le recrutement en rendant la profession plus attrayante pour les jeunes générations.

